lundi 8 février 2010

Mon ado mâle est malaaaade

Coco la Bulle se demande pourquoi les hommes, dès qu’ils sont vaguement patraques, ont l’air mourant. Une attitude que l’adolescence amplifie nettement : en d’autres termes, un ado mâle malade doit se regarder comme un cas critique dans tous les sens du terme, quelle que soit la pathologie dont il souffre. De toute façon, il va y rester, c’est certain. Si vous l’écoutez, son virus aura raison de lui, c’est la fin.

19h. Junior ne se sent pas bien. Il n’a mangé qu’une demi-baguette au goûter, ce qui est déjà mauvais signe. Prostré devant son ordinateur, lorsque vous l’appelez à table, il indique qu’il ne souhaite pas dîner. Ah bon, il y a un gratin de macaroni au menu ? Ça va déjà un peu mieux, l’olibrius se traîne de sa chambre à la cuisine et s’assoit, l’air profondément las, sur son tabouret. ‘’Un tout p’tit peu M’man’’ articule-t-il péniblement comme si une paralysie frappait sa mâchoire. Il avale ses pâtes d’un air accablé, accepte quand même une Danette au dessert mais n’a vraiment pas la force de manger un fruit. Etonnant,
non ?

23h. Junior ne se sent toujours pas bien, mais il n’est pas couché pour autant. Par contre Coco, elle, est au lit avec un bon bouquin, tranquille. C’est là qu’il débarque pour lui indiquer que, selon toute vraisemblance, il ne pourra pas aller en cours le lendemain matin tellement il sent qu’il est malade. Coco lui donne un doliprane et l’envoie au dodo avec sollicitude, prenant sincèrement part à sa douleur mais n’en pensant pas moins. N’y avait-il pas un contrôle de français le lendemain matin ?

6h50. Première tentative de réveil de Junior.
7h00. Seconde tentative.
7h10. Sortant de sa douche, et en voyant toujours pas son rejeton attablé devant ses cornflakes, Coco se risque dans la tanière et pose la main sur son front. Diable, mais cet enfant a de la fièvre, il ne simulait donc pas, mauvaise mère, femme de peu de foi ! Le thermomètre confirme le verdict, 38°7C, Junior reste au lit et Coco appelle le médecin.

7h20. Rassuré de ne pas aller en cours, le fiston se prélasse sous sa couette… sans oublier de se plaindre d’un puissant mal de tête, à coup de gémissements sonores dès qu’il fait un mouvement. Coco lui apporte un plateau avec une compote, un nurofen et un chocolat chaud, il la regarde comme si elle était le Messie en personne, ce qui n’est pas franchement déplaisant.
7h30. Junior est toujours couché et indique qu’il ne pourra pas se lever de la journée.

10h30. Le toubib vient de partir, ça semble être viral, bref ‘’yaka’’ attendre que ça passe. Ça peut être très rapide, ou durer une bonne semaine. ‘’Je me sens tellement maaaal… je suis faaaatigué…. » expire l’ado mâle, l’œil brillant de fièvre et toute la souffrance du monde affichée sur son visage. En attendant il est là, à la merci de sa môman, tout faible, il ne râle pas, il se contente de geindre. Et Coco se dit qu’elle va économiser au moins deux baguettes, un pot de Nutella et un paquet de céréales rien qu’aujourd’hui. Ok, c’est un peu mesquin mais il n’y a pas de petites économies, après tout.

11h00. Coco suggère innocemment de la lecture. Impossible : Junior a trop mal à la tête (il a toujours mal à la tête quand il s’agit de lire de toute façon, sauf si ce sont des textos ou des messages sur son ordi). D’ailleurs, ce serait vraiment génial si elle pouvait lui apporter le PC portable, le brancher et le lui installer sur les genoux, il pense qu’il pourrait éventuellement regarder un film… non, pas surfer sur internet, il est trop faible, ‘’m’enfin M’man’’.

12h00. Regard vitreux, le malade débarque dans le salon où sa mère est en train de travailler. Il est au plus mal et tenait à le lui rappeler. Du coup, au cas où elle l’oublierait, il se pelotonne dans le canapé à quelques mètres d’elle. Coco est tout attendrie : sa grande tige qui se rase désormais la moustache est redevenue un petit bébé, vulnérable et doux. Il accepte même un câlin ! Extraordinaire. La maman ne boude pas son plaisir et le prend dans ses bras pour le bercer. ‘’Ahhh, attention, ma têêêêteuuu’’ beugle Junior de sa grosse voix. Le charme est rompu.

15h30. Après une sieste de trois heures dans son lit, le fiston ouvre l’œil au moment où Coco lui apporte un doliprane. ‘’Ah, j’arrive pas à dormir, je suis trop mal’’ gémit-il. ‘’Mais tu dors depuis midi !’’ répond-elle. ‘’N’importe quoi, je suis juste couché, j’ai pas fermé l’œil, ça ne va vraiment pas’’ s’insurge-t-il.

17h00. Objectivement, l’animal semble avoir repris du poil de la bête. ‘’Pas du tout’’ proteste Junior, qui pourtant n’a plus de fièvre, thermomètre à l’appui. Coco, qui en vingt ans de bons et loyaux services ne s’est jamais arrêtée que pour ses congés de maternité, lui rétorque que s’il n’a plus de température, elle l’expédie au collège dès le lendemain. ‘’T’es trop dure Maman, ‘j ‘vais jamais pouvoir suivre, j’suis épuisé’’ réplique mollement le fiston.

18h00. Junior est sur Facebook. Il a mis un statut méga-alarmiste afin que ses copains sachent à quel point il est atteint, genre ‘’se demande s’il va passer la nuit tellement il a mal à la tête’’ ou ‘’ne se souvient pas avoir déjà été aussi malade dans sa vie’’. Il a rejoint les groupes « Je suis malade », « Malade  », « Contre ‘’être malade’’, « On est tOus malade  ».Pendant ce temps, sa mère, elle, rejoint le groupe « Les garçons quand c’est malade ça croit que ça va mourir ! ‘’

19h00. Coco entend un son de guitare en provenance des chambres. Apparemment, son mini Jack White va mieux puisqu’il joue ‘’Seven Nations Army’’ et se risque même à chanter. Elle passe une tête. Sursaut de la rock star, surpris en plein trip. ‘’Tu dînes avec nous mon chéri ?’’-‘’Euh non, pas faim, mais si tu veux m’apporter un plateau avec deux ou trois trucs, je verrai...’’ implore-t-il.

20h45. Coco récupère le plateau au bord du lit après le passage d’Attila : il ne reste plus rien du gâteau de riz et de la salade de fruits, ni du morceau de pain. Le fiston est toujours dans son lit, avec autour de lui le PC, la guitare, une BD et pas mal de miettes. Il remercie du fond du cœur pour ce festin.
20h50. Junior se glisse furtivement dans la cuisine et repasse quelques instants plus tard la bouche pleine, les mains chargées de pain et d’un verre de jus de fruit. Il indique à la cantonade qu’il va '’se regarder Alien 4’’.

23h30. Coco apporte un doliprane et un verre d’eau à son patient. Il a quelques cernes mais visiblement plus de fièvre. ‘’J’ai pas sommeil’’ râle-t-il ‘’et je commence à avoir mal à la gorge’’. ‘’On verra à ton réveil’’ répond Coco.

*-*

7h00 le lendemain matin. Le front de Junior est frais comme une rose. Coco apporte à son fils un plateau avec un petit café au lait, un bol de céréales et du paracétamol. Plein d’espoir au vu de ce traitement inhabituel, il demande ‘’Alors je reste ici aujourd’hui ?’’ La réponse étant négative, commence alors une litanie de ‘’j’suis trop faible, pas encore assez bien, t’es pas sympa, tu t’rends pas compte’’. Coco ferme ses oreilles. Au boulot. A la guerre, comme à la guerre. Be brave my son !
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13 commentaires:

Léonie Canot a dit…

Au niveau de l'agonie comme du régime alimentaire, je vois qu'on a le même modèle !

il était une fois... a dit…

hihihi... ça me laisse entrevoir ce qui m'attend d'ici quelques années... en tout cas, on s'y croit, on y est, on la passe avec toi cette journée !!

Sophie L a dit…

Comme c'est bien dit! J'applaudis des deuc mains la mère dévouée que tu es!

Murielle a dit…

Trop fort ! J'ai le même à la maison LOL ;o)

Vincent a dit…

Non mais je rêve... Nous les hommes serions à l'agonie quand nous avons un vague petit virus ? Euh... en fait je crois bien que tu as raison, hélas, si j'en crois ma femme qui vient de lire ton billet et se tord de rire.

Marie a dit…

Même spécimen à la maison mais ce n'est pas un ado :-) !
Entre deux cartons (déménagement oblige), quel bonheur de se changer les idées avec tes histoires !
A +.

Caterina a dit…

Je ne sais finalement pas si je suis pressée d'avoir ''ça'' chez moi... même si ''ça'' doit être chouette aussi (par moments).

Céline a dit…

Succulent comme toujours ce post !!
Hélas je vois que les modèles hommes sont tous les mêmes :s
Pas de frère donc je n'ai pas vu ce que ça donnait le modèle "Ado" entre 15 et 20 ans, mais un modèle "Papa" entre 30 et 50 ans similaire ainsi qu'on modèle "Chéri" entre 25 et 30 ans, là aussi similaire.
Et dire que lorsque l'on ose émettre une petite plainte suite à certaines douleurs mensuelles insupportables on se prend des réflexions genre "oh ça va, hein, je suis sur que t'a pas si mal"...

annie a dit…

Ne soyez pas rassurés : ça ne passe pas avec l'âge ! A plus de 60 ans, même chanson, mais on n'est pas la mère et la patience est émoussée.
N'empêche qu'on se fait avoir. Sans doute un vieux sentiment maternel (?)

La demoiselle M a dit…

Absolument GENIAL :)

Luciole a dit…

Excellent article !! On vit ta journée Ikéa avec toi !
Bon, par contre; c'est vrai que j'achète toujours 3 fois trop chez Ikea, mais par contre, j'a-do-re construire les meubles une fois rentrée chez moi !!

maman@home a dit…

Déjà à 7 ans ils sont comme ça !

Coco la Bulle a dit…

@ tous : merci !
@ Annie : ça doit être ça...
@ maman@home : ça promet !
@ Murielle, Léonie : nous avons toutes les mêmes je crois.